Des mots et des couleurs (Billet 45)  (Les billets de Bernard ~libre-pensee d'ailleurs~) posté le vendredi 27 novembre 2009 23:01

beauté, déchirements, inconnu, incompréhension, injustice, mort

 

Pourquoi ?
Vers toi Bernard, vers ta compagne, tes enfants, vers ceux qui te sont proches ou moins proches, nous faisons s'envoler nos pensées les plus douces et les plus fortes à la fois dans ces moments de la vie qui font naître tant de questions, tant de douleurs, tant de colères, tant de rapprochements, d'éloignements lorsqu'On vous amène au pied d'un monde aux espaces inconnus.

C’est une nécessité, une phase incontournable de notre vie, un lieu d’où nous ne possédons aucune image, si ce n’est celles de notre imagination …

Ce qui est étonnant avec la mort, c’est que depuis le temps qu’elle existe, elle arrive toujours à nous surprendre. C’est un peu comme une vieille comédienne dont on connaît toutes les ficelles du métier, dès qu’elle a  un rôle à sa mesure, elle nous laisse béat d’admiration.

Je ne parle pas de la mort brutale, celle du condamné ou la lame, la balle meurtrière, agissent avec une rapidité étonnante, ni de celle survenue lors d’un accident brutal. Non, ces morts-là sont trop simples et n’offrent que peu d’intérêt pour les esthètes que nous sommes. Je veux parler de la mort lente, celle qui se glisse insidieusement dans une vie, sans prévenir l’heureux élu, celle qui se réveille une fois que le mal est devenu irréversible. Cette mort ou le condamné a le temps de voir son corps se transformer, devenir un étranger au point de ne plus reconnaître ces parcelles de chair tant de fois frictionnées, tant de fois éprouvées lors d’exercices physiques, toutes ces rides observées un jour avec inquiétude, à l’abri des regards indiscrets. Cette mort implacable qui a pour nom de scène, la Maladie

Se dire que partir un jour, sans billet de retour, est le lot de chacun ne nous enchante pas vraiment, à part pour quelques illuminés ou  désespérés de l’existence, prêts à se sacrifier pour de bonnes ou mauvaises raisons. Même les amateurs de voyages n’osent s’aventurer sur ces chemins sombres où les renseignements et les coordonnées sont introuvables. Pourtant nous avons tous étés au  contact de la mort dans notre vie, par le décès de proches ou d’inconnus, et cette expérience nous marque à tout jamais.

Nous savons qu’elle peut frapper à tout moment en emportant sa future victime au hasard. C’est une roulette russe permanente que la mort,  une loterie du mauvais goût. La mort ne se soucie pas de notions de justice telles que l’âge ou la moralité des élus. Et nous pestons devant notre impuissance lorsque ses choix se  portent sur des enfants, innocentes victimes qui ne disposent d’aucune arme efficace pour se défendre. Bien sûr, la médecine peut sauver des vies, donner un répit me semble plus approprié, mais la mort n’a que faire des traitements médicaux, des prières ou des suppliques, quand elle frappe rien ne peut l’arrêter, et cela nous pose pas mal de questions, et bien peu de réponses.

Il arrive  parfois que la mort fasse coup double, lorsque dans un couple celui qui survit ne peut supporter la perte de l’être aimé. Elle peut aussi infliger des blessures redoutables. Des êtres peuvent se déchirer lors de questions d’héritage, et les haines qui se dégagent conduisent à des envies de détruire l’autre, malgré  les peines communes qui relient les participants.

Cela fait beaucoup de dégâts pour un simple cadavre, alors pensez quand il s’agit de guerres qui perdurent sur plusieurs générations …

Les philosophes peuvent nous aider à nous poser de bonnes questions, les religions tentent d’apporter des réponses face à l’incompréhension de l’inévitable. Mais ni les unes ni les autres ne nous préparent vraiment à l’instant décisif. Mourir apaisé est un terme parfois employé lorsque des malades, en phase terminale, s’éteignent accompagnés de quelques proches et de personnel médical formé pour la circonstance. Souvent les malades se trouvent sous l’emprise de produits anesthésiants qui réduisent la douleur et permettent d’accéder au calme et au repos.

Mais avant tout, et même si le dire est désagréable à entendre, face à la mort nous sommes seuls, résolument seuls. Nous ressemblons au naufragé sur une île déserte, nous devons faire face à l’inconnu et improviser devant le vide qui nous entoure. Les esprits les mieux formés ne sont pas forcément les mieux outillés pour ce genre de bataille. Les exemples abondent de ces gens d’apparence solide, qui s’effondrent dans les derniers instants. Il faut dire que notre société n’aide guère les vivants à préparer le grand départ, elle a d’autres chats à fouetter, c’est aux familles de se débrouiller, et quand elles demandent de l’aide, elles peuvent toujours aller voir qui bon leur semble, tout est une question de budget.

Le noir est la couleur du deuil, il favorise la montée en puissance des larmes et de la tragédie. Je suis partisan de regarder du côté de quelques peuplades africaines ou la mort est entourée de couleurs et de chants rythmés. Notre civilisation est aussi noire que les couleurs du deuil, la plupart des façades de nos immeubles sont faites de teintes sombres. Nous disons à nos enfants que la mort est triste et que nous avons beaucoup de peine lorsque nous sommes touchés par elle. Dans ces conditions, ce n’est pas étonnant  que nous soyons de mauvais sujets pour la camarade.

La mort est un remède à la vie, ça ne veut pas dire grand chose mais cette image me plaît assez. D’un autre côté, je ne suis pas certain que l’allongement de la durée de vie soit une si bonne nouvelle que ça. La vie de personnes âgées ressemble parfois à une camisole de chaque instant, où les nuits ne suffisent pas à faire oublier les moments de longue attente et d’ennui. La vieillesse s’étale de manière insolente sur certaines pages de publicité, dans des magazines ciblés ou certains paradis pour milliardaires. Moi je pense que l’être humain est fait pour vivre debout et non couché, mais loin de moi l’idée de procéder par euthanasie, pour se débarrasser de toutes ces bouches inutiles. Nous avons un  grand besoin de vieux sages aujourd’hui, ne serait-ce que pour rattraper toutes les erreurs commises par ces hommes de pouvoir, qui se croient les maîtres du monde et de ses habitants.
 

Daniel est décédé le 11 novembre dernier, au petit matin près de sa compagne. C’était mon beau-frère, il était encore jeune comme on dit, mais son cancer a eu le dernier mot. Il est parti en héros anonyme, sans jamais se plaindre. Il cachait sa douleur sous un sourire qui ne le quittait que rarement, et ne pouvait s’empêcher de plaisanter à chacune de nos rencontres. Il a fait le plein le jour de son enterrement, et le personnel médical a tenu à l’accompagner pour son dernier déplacement. Il faisait grand vent ce jour-là, et j’ai vu qu’il n’y avait pas que les feuilles mortes qui prenaient leur envol.

Bernard

Partager

Déposez un commentaire !

(facultatif)

(facultatif)

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.191.108) pour vous identifier.     

Aucun commentaire pour l'article:
Des mots et des couleurs (Billet 45)


 

fermer la barre

Vous devez être connecté pour écrire un message à cheznous

Vous devez être connecté pour ajouter cheznous à vos amis

 
Créer un blog