L'exemple du
Mitterrand et celui du Polanski doivent faire réfléchir mais les
journaux sont pleins de cas similaires... Curieusement, les gens ne
se demandent pas ce qu'il advient du quotidien des victimes :
problèmes scolaires, problèmes relationnels, problèmes de
dépendance, sentiments de honte, d'abandon, complexes de rejet,
ressentis constamment douloureux, échecs professionnels, échecs
sentimentaux, décalage entre la vie sociale et leur réalité d'êtres
chosifiés, difficultés à aimer, difficultés à élever leurs enfants,
tentatives de suicides, dépressions chroniques, errance,
éventuellement prostitution (80% des prostitués), sans domicile
fixe : un instant de satisfaction cynique chez le criminel (ou
assujettissement de la victime par le pouvoir, les coups et la peur
constante) donne une vie d'enfer à l'enfant qui, encore ingénu, ne
saisit que très lentement le purgatoire qui l'attend dans toute son
évolution d'être humain... Souvent, il pardonne sans savoir ou il
est forcé de se taire ce qui entraîne en lui, de façon irréversible
une lente destruction intérieure.
Boris Cyrulnik, autobiographie d'un épouvantail, Odile Jacob
– ISBN 978-2-7381-2165-3
Chapitre III (Les perroquets de Panurge) Page 186 – On ne
devient pas normal impunément:
"On ne devient pas normal impunément (E.Ciorant 1995). Cela coûte
même assez cher. Quand on arrive au monde, on pourrait être tout
mais, pour devenir quelqu’un, il faut renoncer à tous les
autres qu’on aurait pu devenir. Par bonheur, les troubles de
la mémoire aident à la construction du Moi.
"Quand survient un trauma, quand une contrainte extérieure nous
fracasse, l’agonie psychique se transforme en étoile noire
qui oriente désormais la poursuite des développements :
«J’aime pas le passé, c’est trop difficile,
d’abord le passé simple, ça n’existe pas, il n’y
a que du passé compliqué !» (Témoin anonyme « S» cité dans «
Enfants placés et construction d’historicité» de C.Abels-Eber
2000)
"Tous les enfants blessés ont peur du passé. Le fracas n’est
pas pensable, il faut percevoir le danger pour le fuir ou
s’immobiliser et, surtout, ne pas penser pour ne pas
souffrir. Quand le coup est immense, toute mémoire fait revenir la
souffrance du coup (« Je ne pense qu’à ça, la moindre
banalité rappelle la blessure passée. Dans la journée, les images
de l’horreur reviennent et, la nuit, elles resurgissent dans
mes cauchemars. Je suis prisonnier de mon passé. Je ne pense
qu’à le fuir et je n’y parviens pas.»).
"Cette réaction altère la représentation du soi. (« Mon histoire
démarre mal. A l’origine de moi, il y a un trou noir, une
escarre, une partie morte de mon psychisme, comment pourrais-je
raconter mon histoire ? Comment vais-je organiser ma vie autour
d’une escarre ? Quand j’ai peur de me représenter mon
passé parce qu’il y a dans mon histoire une tragédie
angoissante, je sens naître en moi un sentiment de désespoir qui
imprègne mes rêves d’avenir.»)
"La première mémoire est celle du corps, elle est faite
d’empreintes et non de souvenirs… Les traces
cérébrales créent des circuits neuronaux qui renforcent une
aptitude à percevoir certaines informations et à en négliger
d’autres. Nous ne nous rendons même pas compte que le monde
que nous connaissons est celui que nous percevons le plus
facilement parce que les empreintes précoces nous y ont rendus
particulièrement sensibles.
"Quand on a toujours été malheureux, on ne peut même pas imaginer le bonheur : on souffre, c’est tout. Alors, on devient attentifs à tous les malheurs du monde. Ça remplit notre monde intime, ça alimente nos ruminations douloureuses..."
De mon ami
Victor Khagan 






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