Proche de victime

Je suis proche de victime  (Proche de victime) posté le dimanche 29 mars 2009 23:02

Je suis ce que l'on peut appeler une "proche de victime". Je vis depuis plus de 30 ans aux côtés de celui qui est devenu mon mari. C'est au terme de 15 ans de vie commune, qu'il m'a appris, là, comme ça, qu'il avait été victime d'abus sexuels à l'âge de 9 ans.

Je n'ai pas été en mesure à ce moment là de prendre toute la dimension des dégâts que peuvent occasionner ces gestes de l'enfer. Je n'ai pas su réagir, avoir les mots.
Je sais aujourd'hui qu'il est difficile, voire impossible de répondre dans l'instant aux attentes de celles et ceux qui ouvrent leur cœur, qui souffrent et qui crient.
Le dialogue et toutes les compréhensions sont à l'image de deux mondes parallèles, de deux cultures, de deux civilisations.
On ne peut pas comprendre et agir tout de suite. Nos mondes finissaient par nous éloigner, et c'est pour cela ...

Vingt quatre mois se sont écoulés depuis ma chute, ma descente aux enfers (choc psychologique et dépression).
Vingt quatre mois en dépente douce.
Vingt quatre mois en pente douce.

La chute, le choc avaient été d'une violence formidable. Violence telle qu'il me serait aujourd'hui ou demain impossible de continuer. Des lames d'acier dans le coeur, si profondément introduites, si glacées, si brûlantes, si douloureuses au fond de mon âme. Cette douleur intolérable, je ne la supporterai pas deux fois.

Alors aujourd'hui, je suis si heureuse d'être heureuse. Si loin et malgré tout encore si près de l'horreur. Le temps passé a fait son œuvre et tant changé, transformé, apaisé.

En une fraction de seconde ma vie avait basculée. Aujourd'hui, elle a pris une toute nouvelle couleur.

Je sais que je ne suis plus la même. Je sais que je ne serai jamais plus la même. "ÇA" exerçant ses ravages au-delà de ses victimes. Mais, il a perdu sur notre terrain. Sur notre terrain d'aujourd'hui. Même s'il reste en Contrebas ...

Ma remontée vers la lumière a été lente, chaotique. Chaque jour prenant la main de mon cher Amour, nous avons réussi à nous rejoindre, à savoir que jamais plus "ÇA" ne nous diviserait. Que jamais plus, "ÇA" ne nous ferait barrage.

Nous savons doser, chacun avec notre propre curseur, notre propre souffrance. J'apprends à lire la tienne et tu apprends à lire la mienne. Et nous ne formons qu'une seule âme qui sourit comme un cadeau que nous aurions su fabriquer de nos propres mains.

Nous sommes, l'un pour l'autre, un cadeau pour l'un et pour l'autre que Noël nous envoie chaque jour.

Tout ce qui constituait notre paysage devenu monotone et gris est aujourd'hui infiniment balayé. Le paysage qui finissait par nous effrayer parce qu'il nous perdait a changé. Il est devenu soleil.

Oui, notre histoire est un miracle de la vie. Je me noyais et ma main sortant de l'eau, mon Amour l'a attrapée. Je n'ai pas lâché. Un jour après l'autre, je n'ai pas lâché.

Et jour après jour, mon Amour est revenu. Il est là. Il a changé.

Lui qui ne parlait pas, parle.
Lui qui explosait, n'explose plus.
Lui qui n'écoutait pas, écoute.
Lui qui voulait que je ne l'aime plus, m'aime.
Lui qui voulait que je le quitte, me serre très fort contre lui.

La magie de notre Volonté, la magie de notre Force, la magie de notre Union a opéré.

Nous sommes Vivants et nous aimons le jour qui se lève.

Et si demain était encore plus beau?
________________________

Proche de victime, pas simple !! Alors, j'ai décidé un beau jour d'aller à la rencontre d'encore plus d'âmes brisées et puis j'ai bâti un forum que nous appelons aujourd'hui "La Maison Bleue".

J'ouvrais donc, en mars 2oo8, les portes d'une maison, les portes d'un forum fraîchement peint de couleur bleue.

Je n'avais à ce moment là aucun recul et ne pouvait alors imaginer tout ce qu'on allait y trouver, tout ce qu'on allait faire comme belles rencontres.

Bien plus que de belles rencontres, une magie qui opère .. si magique, si belle.

Aucun thérapeute ici, aucun guide. Juste une bande d'amis qui se tiennent par la main, qui se tiennent par le coeur et qui avancent si formidablement bien.

Les victimes prennent la parole. Les proches la prennent aussi. Les maux et les mots s'échangent aussi facilement que les rires, les airs fredonnés.

On prend plaisir à s'y rencontrer au coin de la cheminée, sur la terrasse fraîchement bâtie, balançant nos âmes sur la balancelle aujourd'hui trop petite.

On fume une cigarette ou on prend un café sous les étoiles qui émaillent le ciel juste au-dessus de notre jardin.

Féérie, conte, utopie, folie, doux dingues ?
Et bien non. Rien de tout cela. Juste quelque chose qui nous dépasse et qui ne s'explique pas.
Juste de dire et de redire qu'on y est si bien ...

Non, Fleur Bleue n'est pas devenue subitement folle, elle rêve et son rêve est en train de devenir réalité.

Beaucoup des amis, présents ici, vont mieux, espèrent !! Qui pourra jamais expliquer un jour!!

Fleur Bleue.

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Tout CA pour CA !!  (Proche de victime) posté le samedi 11 octobre 2008 13:40

 

 

Pour ceux qui ont un peu suivi mon parcours et qui savent que je suis proche de victime de l'abus sexuel savent que j'ai créé ce blog, ces pages, cet espace pour hurler à un moment de ma vie où cette folie m'avait atteinte.

J'ai écrit, j'ai fait de jolies rencontres, j'ai pénétré un monde qui m'était jusqu'alors complètement inconnu.

J'ai fait la rencontre de victimes, de tant de victimes, de trop de victimes.

Au départ de ces rencontres, je me sentais exclue, je me sentais à part, je me sentais petite, je me sentais inutile.

Et puis, chemin faisant, et puisqu'à cause de CA j'étais une "victime" en dommages collatéraux, j'ai commencé peu à peu à ressentir ce monde dans lequel je ne pénétrerais jamais puisque seuls les victimes touchées ont cette horreur en commun.

J'ai compris peu à peu, j'ai intégré ces notions qui font que je serais toujours "à côté" mais présente.

J'en ai rencontré des victimes. Nous avons eu de belles envolées, nous avons eu de beaux projets. J'ai cru que devant certaines horreurs qui perdurent aujourd'hui que "notre monde" serait assez fort pour se prendre par la main et partir en guerre. Notamment au moment où nous parlions de ce fameux "Alice Day" qui est le jour fétiche des pédophiles qui fêtent en arrière-plan et sur la scène international leur amour pour les petites filles (les pédos fêtent leur amour pour les petits garçons en juin !!).

Cet évènement a permis de mettre en éclairage un constat accablant. Des mains se prennent pour combattre et d'autres vous lachent. Premier constat : toutes les mains devant un tel phénomène ne se rencontrent pas jusqu'à aller provoquer une dissention au sein même des associations.

Et puis, de ce constat qui m'avait mis en colère, une idée avait germé au lendemain du 25 avril. Je voulais très fort que les mains se réunissent à tout prix pour créer une formidable organisation à l'équivalence "des Enfoirés". Bien sûr, "Les Enfoirés" sont nés parce qu'il y avait Coluche. Et cette organisation a fonctionné, n'a rien résolu fondamentalement mais au moins cette belle idée perdure et fonctionne. On en parle.

Alors, m'étais-je dit, pourquoi pas une manifestation à l'égal "Des Enfoirés" pour crier sur les plateaux le mal de vivre des victimes de l'abus sexuel, l'inconcevable, l'enfance marchandise sexuelle, la difficulté du parcours judiciaire des victimes laissées pour compte après le jugement (alors que les pédos sont assurés d'avoir une prise en charge psychothérapeutique pour les redresser, ...). Bref, un évènement qui pourrait perdurer et entrer dans la mémoire collective pour dire qu'il n'existe pas que la faim à soulager.

Cette belle idée germée dans le creux de mon esprit en colère a été estimée géniale, faisable. Un fameux "Pouquoi pas".

Alors, avec quelques amis victimes qui étaient devenus aussi en même temps "habitants" de la Maison Bleue, le forum que j'avais mis en place, nous avons décidé de voir s'il n'était pas possible de monter un collectif évènementiel.

Mon Chat Bleu, mon époux, victime, a lancé un premier jet de l'organisation en mai dernier. Cela semblait se concrétiser et faire se lier les mains.

Une première rencontre autour d'une table a vu le jour en juillet. Les rôles avaient été distribués. L'idée forte d'un collectif était née. Le nom du collectif trouvé. Ce collectif porte le nom de No Human Toys (NHT), chaîne humaine contre les abus sexuels. On programme même une seconde réunion pour le début du mois de novembre.

Et puis, entre temps, certains membres du futur collectif font la connaissance d'une nouvelle venue dans le forum. Une victime dont le parcours judiciaire a été largement repris par les médias. Sa volonté, monter une association pour accompagner les victimes dans ce parcours judiciaire si torteux, si complexe et si accablant. Mais aussi pour proposer un accompagnement sur le plan psychothérapeutique.

L'association nait et prend son envol. Ses membres fondateurs nous affirment que tout le savoir, tous les acquis serviraient au montage du collectif. Nous en sommes ravis. Nous ne pouvons qu'applaudir mais nous regrettons légitimement que ce décollage tout en urgence nous mettent parfois un peu en retrait et que les informations ne soient pas toutes délivrées aux membres du collectif.

Ces étonnements semblent agacer ceux qui ont décidé de voler d'abord à bord de cette nouvelle association et on nous demande alors de nous réunir autour d'une table avant que de nous réunir en plus large comité lors du second séminaire NHT. Le ton n'est pas doux, juste irrité.

Nous réagissons, mon Chat Bleu et moi. Blessés nous répondons, faisant profil bas, que nous souhaitons simplement que le collectif avance et que si tout devient compliqué nous nous retirerons sur la pointe des pieds parce que ce qui compte ici est la lutte pour les victimes et rien d'autre.

Un message d'une colère inimaginable a été envoyé à l'adresse de Chat Bleu le traitant notamment de "malade", lui disant qu'il se complaisait dans son état de victime et qu'il n'avait pas le courage de se "soigner" (il en est quand même à sa troisième thérapie !!), qu'il fallait que je réfléchisse sur le fait que je vive avec lui. Le bouquet final a été de dire qu'on n'acceptait pas qu'il vienne au séminaire mais que moi je pouvais être présente. Nous sommes ensemble, j'aime mon mari et mon mari m'aime. Nous nous sommes enfin retrouvés et notre amour est une formidable thérapie. Comment nous dire qu'il faut réfléchir sur notre couple ?

Comment, de la part d'une victime, accepter de tels propos ? Comment devant de tels propos ne pas réagir ?

Personne de ceux qui avaient été mis en copie de ce triste message (les fondateurs de l'association nouvellement créée) n'ont réagi simplement en disant qu'on avait tout simplement pas le droit de bannir deux membres du futur collectif étant entendu que j'en étais quelque part l'initiatrice ?

Bien au contraire. Nous étions devenus les "vilains petits canards", les empècheurs de tourner en rond, les manipulateurs, les "fous" !!

Je peux vous dire que depuis ce moment-là nous avons passé de bien mauvaises journées, de biens mauvaises nuits. Se faire écarter et écarteler de la sorte par des victimes. Mon "titre" de Fleur Bleue en a pris un sacré coup sur le côté naïf de ma personne, sur mon côté "si tous les gars du monde pouvaient se donner la main".

Aujourd'hui, je veux simplement dire que ce monde n'est pas angélique, qu'il tape parfois dur, que certains "regroupements" deviennent intolérants (touche pas à mon association !!).

Tout ça pour quelques interrogations ? Alors, je vous laisse imaginer pour plus grave !!

Les égos sont là et bien là. Ils vous blessent et vous mettent plus bas que terre. Ils sont intolérents.

J'ai été longue dans mon propos mais il fallait que je crache ce qui me pèse si fort. Et juste dire et redire que NHT est à la base une idée "Enfoirés Bis" qui a germée dans mon esprit "Fleur Bleue" au moment où je conversais avec Say-C par téléphone à la veille du 25 avril (nous souhaitions à cette période que le rassemblement au Trocadéro fonctionne et fasse s'éveiller les consciences - Cf mes articles sur cet évènement ).

Aujourd'hui mon Chat Bleu et moi sommes abattus par tout ce qui a été vomi sans retour en arrière sur ce qui a pu être vomi.

Le constat du jour, une fois de plus, est que notre méfiance vis à vis de l'implication et du partenariat est bien vive.

Nous demeurons vigilants pour nous préserver parce que les coups ont été sévères et restons très présents au sein de notre humble "Maison Bleue" ce forum qui a permis à un certain moment de sortir de l'ombre certains de ses habitants qui sont aujourd'hui lumière et qui avancent à pas de géants. Qui a permis en même temps la rencontre de ceux qui nous ont tapé fort sur la tête.

Ce monde n'est ni noir ni blanc. Il faut juste essayer de se mettre à l'abris pour éviter de passer trop de temps dans le noir.

Merci à toutes celles et tous ceux qui auront eu le courage et la gentillesse de parcourir mes mots et mes maux jusqu'ici.

Je tiens à remercier du plus profond de mon coeur toutes celles et tous ceux qui nous ont soutenus dans cette épreuve et qui confirment que nous ne sommes pas si "fous" que ça puisqu'ils auraient réagit de la même façon ... Ouf !!

Véro (Fleur Bleue).

 

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Savoir nager sans déménager.  (Proche de victime) posté le jeudi 25 septembre 2008 03:01

 

Ce soir le bleu est marine. Et oui, Fleur Bleue est Marine. Les hauts sont sombres.
Elle ne sait plus bien ce qu'elle fait, qui elle est.

Un trop plein de ressentis, une bouffée de "raz de marée de moi" ?

Ça doit être cela. Ne plus savoir nager, ni où nager.

Alors, je me réfugie dans ma maison, dans ma coquille, dans la douceur et la complicité
des bras de mon loup de mer de Chat Bleu. Victime qui m'a offert lentement une descente
dans un monde qui a bouleversé une vie à laquelle je n'étais pas préparée. Qui m'offre
aujourd'hui ses mots hier tus, ses gestes hier immobiles, ses bavardages hier silence.

Je sais, à ma mesure, tout l'incrontrôle qui submerge et qu'on à peine à comprendre.

Je laisse la vague déferler. Quelle déferle puisqu'elle est née. Se plier sans rompre pour
laisser passer cette Dame qui s'est invitée et a décidé de jouer.

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Fort Affaire, question de Fort Matage ?  (Proche de victime) posté le lundi 14 juillet 2008 14:17

 

Le vent semble se calmer, la tempête est passée.
Je me sens mieux. Je n'ai plus cette brûlure des jours passés. Je prends encore la petite pilule indiquée par le médecin depuis plus d'un an. Je n'ose pas encore l'abandonner. Ça a été trop vif. Le couperet n'est pas passé loin.

Et puis, on se sent de nouveau "presque comme avant" mais finalement pas "comme avant" mais plus serin. Plus fort ? On ose à peine y croire. Chut !! Ils pourraient nous entendre et se réveiller et revenir nous griffer.

Et puis, ils sont là, bien à l'abri dans les méandres "circonvolutionaires" de notre esprit, tapis, au chaud.
Dès que l'on semble être à l'abri, parce qu'il nous semble avoir avancé, et que l'on trempe à nouveau dans la vague de la vie, on s'aperçoit très vite que rien n'est réglé.
Les vieux démons reviennent au galop. Ils ne sont pas morts, ni même endormis.

On s'aperçoit, on sent que la construction initiale est bien là. Campée sur ses deux pieds et qu'elle vous mène par le bout du nez. Vous avez appris ? Oui bien sûr que vous avez appris. Mais les fondations sont bien là. Elles sont solides et bien arrimées au sol, voire au sous-sol. Elles vous mènent sur votre chemin, celui qui vous a  construit même si vous avez appris. Elles sont indélébiles ces traces. Et qui pourraient vous dire qu'elles sont vraies, fausses, noires, blanches, bleues, roses ? Qui ?

Vous confrontez deux de ces fondations si différentes, d'une teinte et d'un langage si différents, en permanence et vous essayez de les faire avancer sur le même chemin. Costauds les mecs, costauds !!

Nouveau ciment, celui de l'Amour. Ah, mais heureusement qu'il est là celui-là.
Mais bon, tous les acteurs qui ont joué au moment de votre construction sont là et vous reprennent par la main et vous détournent du chemin.
Oh mais ils n'y sont pour rien. Ils sont là depuis le début. Ils n'ont rien changé. Ils n'ont pas changé.

Juste que c'est vous qui avez changé. Juste que c'est vous qui êtes devenue autre. Juste que c'est vous qui essayez. Juste que c'est vous qui manquez d'air. Juste que
c'est vous qui devez faire comme si.

Je ne sais pas faire. J'essaye mais je ne suis pas construite comme cela. Juste que j'ai parfois envie d'hurler alors qu'il faut se taire. C'est pas juste.

Alors, heureusement qu'ici je peux le faire. Puisqu'ici on peut sans doute comprendre que parfois les proches ont envie d'hurler alors qu'il faut se taire. Ici c'est le forum, la Maison Bleue que j'ai construite et qui s'habite ...

Je suis obligée de respecter cette condition. Le silence. Mais la langue me démange parfois. Alors je préfère ici hurler comme on irait seule au bout du monde pour dire que tout ça est injuste. Ce n'est pas nouveau. J'ai eu si souvent envie de le faire.

J'ai trouvé un endroit bleu où c'est possible. Un endroit bleu où "la Fleur de Peau" est comprise, tolérée, entendue.

Allez, je me plains juste un peu. J'allume une cigarette et je sais que demain sera un autre jour. Mais, mon dieu, que ces éclairs de "Fleur de Peau" peuvent vous faire douter et vous envoyer loin, si loin. Impression de revenir à la case départ et de n'avoir rien compris. De douter de soi, de douter du lendemain, de douter de ma main.

Excusez-moi pour cet épanchement de pétales en étiole. Je voudrais tellement être corolle de pétales qui s'assure et qui se rassure. Corolle qui, sûre, rassure et assure.

Que ces circonvolutions-là sont des méandres que Dédale n'aurait pas renié ... C'est assurément un Fort Matage contre lequel nous avons Fort Affaire ...
Véro qui vous remercie de l'entendre un peu hurler ...

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Les proches, des victimes à leurs mesures  (Proche de victime) posté le samedi 05 juillet 2008 02:22

 

Je vais essayer de poser ici mon ressenti face à une situation à laquelle j'ai été confrontée il y a quelques temps, pas si longtemps.
Elle m'a fait mal sur le moment et puis j'ai réfléchi et puis je peux expliquer. Mais, c'est mon ressenti, mon explication. Elle vaut ce qu'elle vaut.

Je vais dire et je veux, par dessus tout, que les acteurs qui pourraient se reconnaître ne culpabilisent surtout pas. Ils ont dit, bien sûr, mais leurs paroles font avancer. Les miennes, sur l'autre chemin, peuvent faire avancer. N'est-on pas "ensemble" pour avancer ?

Alors voilà.

Un soir, nous étions trois autour d'une table. Deux victimes et moi. Autour d'un verre, la discussion battait son plein. Et puis, la conversation a du (je ne me souviens plus très bien) s'amorcer sur le sujet qui nous rattrape tous.

Numéro 1 : " Tu sais, Véro voudrait être "victime" comme "nous" !! Victime pour partager, pour être comme nous, pour être de notre côté".

Véro : "Ah, ça non !! Autrefois, au début, sans doute. Mais aujourd'hui, j'ai avancé, et non, je ne veux plus être victime. Je suis une proche et j'ai tant appris que je ne ressens plus le besoin de vouloir être victime pour être de l'autre côté". (Je parlais fort en disant cela, imaginant qu'on ne m'avait encore pas bien comprise, là maintenant, au stade où je suis arrivée).

Numéro 2 : "Mais, toi, en tant que proche, si tu ne veux plus souffrir, tu peux si tu le veux refermer la porte, sortir de ce monde et voir la lumière, vivre comme les autres".

Véro : "Sortir de ce monde dans lequel je vis aujourd'hui. Pouvez-vous imaginer un seul instant que je puisse, que je veuille le faire ?".

Numéro 2 : "Oui, c'est plus simple pour un proche de partir et d'oublier".

Et je me suis mise à parler fort et à pleurer devant tant d'incompréhension et de voir Numéro 1 et Numéro 2 écarquiller leurs yeux. Je me sentais mal, incomprise à nouveau, remise dans "l'autre camp", dans le camp de ceux pour qui c'est plus simple. Je me sentais en face, celle "d'en face" ..
Je me rendais compte en même temps que mon attitude de sursaut les faisait se sentir coupables, coupables de m'avoir mise dans cet état-là.

Oui, parce que certains mots, certaines paroles des proches peuvent blesser les victimes, mais certaines paroles de victimes peuvent aussi parfois blesser les proches.

Alors, j'ai essayé de dire mes ressentis, mais mes mots n'étaient pas suffisamment appropriés à la situation. Ils ne venaient pas mais ils étaient pourtant tellement là au fond de mon cœur.

Aujourd'hui, ce soir, après avoir mûri, je veux dire ce que je n'ai pas su dire.

Voilà.

Alors imaginons que je ne veuille plus souffrir, que je sois d'accord pour tout refermer. Je pars. Je ferme la porte. Je ferme ma porte.
D'accord. Ca c'est fait. Mais voilà. Je pars ... mais où ? Ah mais oui bien sûr, comme dans les films. Tout va bien. Je suis partie avec mes effets personnels et j'arrive dans un bel appartement. Je me retrouve seule, sur un nouveau canapé, seule devant un verre de Martini blanc dans lequel traîne une olive. Un air de jazz flotte dans l'air. Les stores des fenêtres de l'appartement laissent entrer les lumières et les bruits de la nuit parisienne .. Je devrais être bien, là. Je devrais être heureuse, là. Belle musique, belle ambiance, bel appartement. De quoi tout effacer et respirer ... enfin !!

Un bruit s'échappe du placard de l'entrée ou bien de celui de ma chambre. Je frémis.
Je guette les bruits. Je n'entends plus ceux de la ville. Ils n'existent plus. Je n'entends plus que les bruits de mon "ancienne" vie.

Parce que bien sûr, je suis un être humain comme les autres. Un être humain, d'un côté ou de l'autre.
Un être humain qui ne peut OUBLIER !!
Je ne connais qu'un seul être humain capable d'oublier : l'amnésique !!
Oui mais voilà, je ne suis pas amnésique ..
Et puis, le bouton "Oublier" n'a pas été livré à la naissance de chaque être humain, qu'il soit d'un côté comme de l'autre ...

Et puis, pourquoi vouloir "oublier" ce qui m'est arrivé à moi ? J'aime et je suis aimée. C'est bien ce qui compte tellement aujourd'hui. Alors, je ferai tout ce que je pourrai pour continuer d'aimer et d'être aimée.
C'est ce qui nous porte aujourd'hui. C'est notre langage. Il se doit de "transpirer" pour imprégner tous ceux qui en ont besoin ...

Voilà ce que je voulais essayer de faire passer sans jamais blesser. Juste dire que les cerveaux ne sont ni bleus, ni roses, ni d'aucune couleur en particulier.
Ils sont juste cerveaux mais ça on ne leur avait pas dit...
Aujourd'hui, c'est ma Vie !!

Il existe cependant bien un moyen pour répondre que, Oui il est possible d'oublier et de partir ailleurs pour ne plus souffrir, c'est de mourir .... J'avoue y avoir pensé ...
Et là, la solution est radicale, n'est ce pas ?

Merci pour votre compréhension. Et si vous avez des questions, alors, je les attends. J'aimerais tant pouvoir y répondre pour que nos cerveaux puissent s'envoler.
Mes mots, mes maux ici, pour faire un bout de chemin ensemble sur la même voix et de la même voix !!
Pas simple, mais il faut essayer. Et j'ai tant appris. Et ils ont tant appris.

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