Je la croyais partie, envolée, souvenirs
brûlants, mais souvenirs. Elle n'est pas que souvenirs, elle est
fausse amie, elle est mon double, elle me colle aux
basques.
Je la pensais
si loin, laissée en contrebas, grillée par le temps, par l'allant
mais le contrebas suit le chemin et la voilà qui suit le chemin,
dans l'ombre qu'on croyait oubli. Mais tel un fil qui se serait
accroché à vos chaussures, elle suit, poursuit, en arrière alors
que vous semblez marcher en avant.
Vous marchez et
soudain vous marchez sur le fil qui s'est malicieusement placé sous
vos pas. Et vous trébuchez et vous vous faites mal, si mal,
d'autant plus mal que vous pensiez être plus forte enfin.
Par terre, vous
hurlez, vous êtes perdue, vous êtes paumée. On vous demanderait
votre nom que vous ne sauriez plus qui vous êtes. Vous ne savez
plus qui vous êtes. Ca ne correspond plus, ça ne rentre plus dans
les cases, ces cases qui vous ont été données.
Le passé, le
mauvais passé refait surface. Tout est là, toutes les odeurs,
toutes les couleurs, tous les bruits, tout.
Pourquoi est-ce
que ce fil a décidé de vous coller à la patte ? Pourquoi ?
Je suis proche
de victime. Je l'ai dit si souvent. J'en comprends tout le sens,
j'en comprends tout l'enjeu. Ce rôle distribué un beau jour a été
livré avec un costume pas toujours simple à porter, pas toujours
léger et puis il y a ce fil, accroché là, quelles que soient les
chaussures que vous portez.
Je tente de
réfléchir. Mes pensées dépassent la vitesse autorisée. Je ne sais
pas si elles sont justes, si elles sont fondées. Qui peut me dire ?
Qui a le droit de me dire ? Suis-je seule à m'autoriser de me le
dire ?
Me dire que ce chemin ne peut être suivi seule. Le combat ne peut
être livré seule.
Parce que seule, alors ce fil s'autorisera à rester accroché là.
Parce que seule, impossible de trouver le noeud qui permettra de
dénouer et d'avancer sans plus trébucher.
Je trébuche
parce que j'ai trébuché. Je trébuche parce que nous sommes deux,
parce que pas facile de porter ce qui brûle, ce qui n'est pas dans
mes cases.
Alors, parfois j'étouffe, je hurle, je veux retenir le temps qui
défile et qui ne colle pas toujours au dessin de mon dessein.
La fracture m'opresse et me presse à en fracturer mon âme qui se
sent perdue et à terre, emmêlée dans cette pelote de fil que je
n'arrive pas à rembobiner et à jeter.
J'ose dire,
même si je le regrette demain, que proche et victime se doivent
d'accomplir un bout de chemin, l'un vers l'autre.
Je sais tout l'amour retrouvé, je sais tout cet amour là et pour
toujours. Mais il faut savoir aussi apporter un peu d'engrais pour
ne pas voir se flêtrir ce qui entoure tout cet amour
retrouvé.
Ce soir, je suis fatiguée. Le fil si tendu qui a osé se désoublier
et venir me rappeler son nom .. dépression ! Il faisait beau, il a
voulu en profiter, ce fil filigrané.
J'ai juste
envie de hurler "suis-je bonne à enfermer ou alors ai-je raison ce
soir d'avoir crié ? Ce soir, j'ai simplement honte d'être comme je
suis et d'avoir exposé ce que je suis.
Commentaires