Diantre !! Je plussoie bel
Ami, je plussoie !! Sachez, mon Cher, qu'au plus haut niveau de
l'Etat, on s'essaye à l'exercice dont vous nous livrez ci-après les
quelques recommandations et finesses. Oui Monsieur .. On a osé
dire, en public et sans embages : "Casse-toi, Pov'Con !".
Et oui !! Même là-haut, on ose vous dis-je, on ose
...
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Je jure, pour le
bien de l’humanité, pour le faible contre le puissant,
pour l’athée comme le croyant, pour mon salut, je jure même
en dormant …
Il existe des tas de thérapies pour les malades que nous sommes,
nous autres les pauvres mortels. Parmi celles-ci il peut y en avoir
de sérieuses, avec des résultats tangibles, d’autres
relevant du charlatanisme pur et simple, sans oublier celles
qui s’adressent aux rêveurs pas trop regardants
sur leur compte en banque, bref il en existe pour tout le monde et
chacun peut aller puiser là où bon lui semble.
Je n’échappe pas à cette recherche peu avouable de la
guérison de l’âme, car moi aussi je souffre en silence, et
comme je suis plutôt du genre solitaire, j’essaie, avec plus
ou moins de bonheur, de trouver une méthode à ma convenance sans
pour autant m’engager dans des dépenses incontrôlées, ce qui
en ces temps de pénuries budgétaires, sauf pour les plus nantis
comme à l’habitude, offre l’avantage non négligeable
d’allier l’efficacité à la sauvegarde du
porte-monnaie.
Alors à ce stade de mon récit vous éprouvez l’envie, tout à
fait légitime, de me faire la remarque suivante: « Arrête ton cirque et donne nous ta méthode si bien
rodée pour nous qui sommes en apnée ! ». Y’a pas
le feu au lac les amis, vu qu’entretenir le suspens ajoute un
peu de piment à un récit qui s’annonce un peu rachitique sur
les bords ( du lac ), ça fait toujours quelques lignes
supplémentaires pour meubler l’espace immaculé qui
craint le vide plus que tout. Point à la ligne.
Ce n’est pas une méthode que je pratique mesdames et
messieurs, c’est un art consommé de l’instant présent,
un souffle quotidien qui fait du bien par où ça passe, une
combinaison de la parole et de la combustion interne,
c’est-à-dire… le
juron !
Oui, cela fait maintenant un grand nombre d’années que je
jure à tout va, seul le plus souvent, rarement en société, sauf
avec quelques membres élus qui peuvent écouter sans risquer de
défaillir cette logorrhée verbale, et proférer à leur tour des mots
endiablés, des phrases vitaminées par des inspirations venues des
ténèbres, des jurons en veux-tu en voilà, sans dose limite ni date
de péremption, du juron hérité de mes ancêtres tout aussi
tourmentés que je puis l’être, des jurons thérapeutiques qui
procurent un bien être immense, non remboursés par la sécurité
sociale, des jurons pouvant être dits en dehors des repas sans
crainte pour l’estomac, des jurons du fond des âges que
je transmettrais volontiers par testament à mes descendants.
Il va sans dire qu’un médicament peut convenir parfaitement
pour certains malades et se révéler nocif pour
d’autres, je peux donc admettre sans aucune difficulté que ma
thérapie personnelle puisse choquer certains esprits conservateurs
et adeptes de la morale et du bon goût, mais je dois avouer
que cela ne me préoccupe pas plus que ça..
Nous ne possédons aucune trace des premiers jurons prononcés par un
être humain, c’est fort dommage car j’aurai bien voulu
savoir comment mes ancêtres réagissaient lorsqu’ils se
mettaient un coup de massue sur les doigts. En revanche, je
peux tenter d’imaginer certains de ces tous premiers jurons,
et là nous touchons à un élément essentiel du juron, à savoir que
bien souvent nous faisons appel à notre imaginaire lorsque nous en
proférons un. L’Imagination est une très belle chose, grâce à
elle nous pouvons lire de belles histoires, entendre des gens
très sérieux prononcer des discours absurdes, et rêver à des
paysages ensoleillés quand il pleut les jours où l’on a
mal aux dents.
Lorsque nous sommes en situation de souffrance nous avons un besoin
impératif d’extérioriser notre mal, si vous êtes des adeptes
du « je garde tout pour moi, je ne dirai rien », vous
risquez fort de voir votre mal gagner encore en intensité ce qui
est quand-même un peu dommage pour vous et votre entourage. Alors
dès que je me sens victime d’une contrariété, d’un bobo
inopiné, je sors un beau juron bien sonore et je me sens beaucoup
mieux après. Je ne me contente pas de pousser un juron à chaque
fois que je fais preuve de maladresse, je réagis aussi aux images
télévisuelles qui nous donnent souvent l’occasion
d’exprimer notre rejet. Dès que je vois un Bernard-Henri Levy
* par exemple, je
pars au quart de tour, les occasions ne manquent pas
d’extérioriser mon mal-être permanent, et vu la pratique qui
est la mienne, je dispose d’un vocabulaire assez fourni. Je
n’ai jamais songé à commercialiser ce savoir-faire mais
peut-être ai-je eu tort. Pensez un instant à une réunion de cadres
de haut niveau, face à un intervenant ( on dit aussi un coach ) qui
s’adressant à ce parterre de gros salaires leur dit le plus
sérieusement du monde « Messieurs ! Vous
allez prononcer après moi les jurons qui vont suivre, à destination
de vos subordonnés, en mettant de la con-vic-tion ! O.K ? Alors on
y va !… »
Oui j’aurai pu faire école, mais je vous ai déjà dit que je
suis un solitaire, et en tant que tel je n’ai jamais pu me
résoudre à franchir le pas, dans une autre vie
peut-être…
Depuis longtemps la Poésie s’est emparée des jurons, Brassens
qui était un fin connaisseur du verbe et de l’Histoire nous a
laissé une joyeuse bande de jurons qui font la ronde autour de
nous… Rabelais et son Gargantua se sont taillés une part
belle dans la littérature, Villon, Alfred Jarry et tant
d’autres. Car le juron ne s’est pas arrêté au mot de
Cambronne prononcé à Waterloo ( bien que les preuves de ce
fait historique ne soient pas clairement établies ), au cours des
âges les jurons ont fondé des familles, et aujourd’hui nous
avons à notre disposition les arrières-arrières
petits-enfants de ces jurons d’origine, même les étrangers,
ces félons, nous ont donné du grain à moudre dans ce domaine, alors
ce serait vraiment dommage de ne pas en profiter.
Si vous n’êtes pas adeptes du juron, mais si l’esprit
de curiosité qui est le vôtre vous susurre à l’oreille
« Essaye-donc ! Qu’est-ce que
tu risques ?… », je vous donnerai alors bien
modestement un conseil, surtout ne jurez pas en forçant la voix dès
le début, commencez progressivement par le mot que vous connaissez
le mieux et prononcez-le sur différents registres, en pensant à des
personnes différentes, car le juron sera d’autant plus
efficace si vous l’adressez à une personne de votre choix.
Peu à peu vous ajouterez un autre mot, puis encore un autre,
et les difficultés de début d’exercices
s’aplaniront d’elles-mêmes. Toutefois il existe
un risque sérieux, c’est que vous y preniez goût et dans ce
cas il vous sera extrêmement difficile de faire machine arrière,
pour le cas ou vous éprouveriez des remords. Mais les remords
appartiennent le plus souvent aux frustrés de l’existence, et
un bon juron adressé à un remord, ce dernier ne reviendra pas de
sitôt vous hanter.
Bon, maintenant que vous avez tout le matériel nécessaire à votre
disposition, il ne me reste plus qu’à me retirer. Si comme je
l’espère vous devenez à votre tour un adepte de l’Art
du Blasphème en tout temps et en tous lieux, sachez que vous aurez
atteint une certaine maîtrise le jour où vous vous trouverez au
sein d’une assemblée de gens désagréables et prétentieux, et
au lieu d’adresser un juron bien senti à qui de droit, vous
regarderez la personne coupable bien en face, en la flattant sans
qu’elle s’en aperçoive, ce qui se révèlera encore plus
redoutable que toute une armée de jurons prêts au combat.
Je vous souhaite courage pour le travail à venir, et j’y
ajoute le mot porte-bonheur…
Bernard
* Je n’éprouve aucune animosité personnelle à l’égard de Bernard-Henri Levy, mais vu que Bernard-Henri adore que l’on parle de lui, en mal ou en bien de préférence, je l’utilise pour remplir l’espace, et affiner mon art juronistique.









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